Le départ venait d’être donné. Les étalons arabes, fiers et fougueux, galopaient dans la poussière. Comme chaque vendredi après- midi, le roi était là pour voir courir ses propres che- vaux. Ce jour-là, il en avait trois qui participaient à la course. Il avait pris place au centre de la tribune officielle et les accompagnait de son regard perçant. Assis à la meilleure place, il demeurait impassible, tandis qu’en contrebas, un homme, debout parmi la foule, s’agitait en criant pour encourager un des éta- lons. Les gens le regardaient. Et certains spectateurs l’enviaient, car ils s’imaginaient qu’il était proprié- taire du cheval menant la course. 

Un vieil homme qui se trouvait près de lui l’interrogea.

  • Belle monture ! dit-il. Vous en êtes le propriétaire ?
  • Non, répondit l’autre. Seule la bride de cuir est à moi.

Quelques instants avant la remise du trophée, le roi voulut savoir si le cheval gagnant appartenait bien à l’homme qui s’agitait durant la course. Il apprit que celui-ci n’en était pas le propriétaire et que seule la bride de cuir était à lui. Devant ce qu’il considéra comme une idiotie, le souverain haussa les épaules et préféra garder le silence.

En regagnant son palais, ce dernier passa aux abords d’un village en flammes. Il restait impuis- sant face au sinistre spectacle, quand il aperçut un modeste moineau qui luttait contre le feu en faisant d’incessants va-et-vient entre une citerne d’eau et l’incendie.

Intrigué, il lui demanda :

  • Que fais-tu, moineau ?
  • Je remplis mon bec d’eau et la déverse dans le feu pour l’éteindre.
  • Comment peux-tu être assez fou pour croire que quelques gouttes d’eau pourront venir à bout de telles flammes ?
  • Je me contente de faire ma part, ô Majesté. Que serait l’océan immense sans la goutte d’eau ? Que serait le bonheur sans les petites joies ? Que serait le tout sans l’infime ?

L’oiseau retourna à la citerne et poursuivit ses va-et-vient. Alors, le monarque se joignit aux villageois, prit un seau, le remplit d’eau et participa à la lutte contre le feu. Les hommes de sa suite et ceux de sa garde en firent autant. Des caravaniers qui passaient par là vinrent les aider.

Au bout de quelques heures, l’incendie fut vaincu. Tout le monde sauta de joie et applaudit. Dès le lendemain, la reconstruction du village fut entreprise. Les briques de terre crue passèrent de main en main et bientôt de nouvelles maisons sortirent de terre.

Cette expérience fit évoluer le roi. Des années plus tard, sur son lit de mort, il dit à son fils avant d’expirer : Le cheval n’aurait pas gagné sans la bride de cuir. L’incendie n’aurait pas été vaincu sans l’aide du moineau.

Le prince le crut fou. Il avait tort, car les paroles de son père étaient pleines de sagesse.

Tiré de : 54 CONTES DES SAGESSES DU MONDE JEAN MUZI  © Flammarion pour le texte et l’illustration, 2015 87, quai Panhard et Levassor – 75647 Paris Cedex 13 ISBN : 978-2-0813-5863-8

Contes...

Un jour de grande chaleur, un lièvre fit halte dans l’ombre d’un baobab, s’assit sur son train et contemplant au loin la brousse bruissante sous le vent brûlant, il se sentit infiniment bien. « Baobab, pensa-t-il, comme ton ombre est fraîche et légère dans le brasier de midi ! » Il leva le museau vers les branches puissantes. Les feuilles se mirent à frissonner d’aise, heureuses des pensées amicales qui montaient vers elles. Le lièvre rit, les voyant contentes.

Il resta un moment béat, puis clignant de l’œil et claquant de la langue, pris de malice joyeuse : « Certes ton ombre est bonne, dit-i

...

Accès membres