Tous les matins, un paysan chinois allait chercher de l’eau à la rivière. Il remplissait deux jarres qu’il suspendait aux deux bouts d’un solide bâton posé sur ses épaules.

Mais l’une des jarres était fêlée et l’eau gouttait le long du chemin. La jarre en était affligée. Elle en soufrait, car elle avait le sentiment de ne pas accomplir correctement ce pour quoi elle était faite. Aussi, un jour, elle demanda pardon au paysan. 

De quoi dois-je donc te pardonner ? s’étonna-t-il.

Tu le sais bien, répondit-elle, je suis fendue et je ne rapporte à ta maison que la moitié de ce que tu as puisé. J’ai honte de moi. J’aimerais être comme ma compagne qui fait avec honneur son travail de jarre.

  • Retourne-toi, lui dit-il. Et que vois-tu de ce côté du chemin ?
  • Des fleurs, des fleurs partout, tout le long de la route.
  • Ces fleurs, c’est toi qui les as fait naitre, et elles sont devenues belles parce que tu les arroses chaque matin ! Elles te rendent grâce, comme je te rends grâce, car je peux ainsi offrir de temps à autre un beau bouquet à ma femme. Regarde maintenant de l’autre côté du chemin ! Que vois-tu ?
  • Il n’y a rien, rien que de la poussière sur un sol de cailloux.
  • Certes, ta compagne fait au mieux son travail de jarre, mais elle n’a pas ton talent. Chacun fait selon sa nature ! Réjouis-toi d’être fendue et imparfaite car, comme souvent, ta faille a son talent caché !

Michel Piquemal, Philippe Lagautrière, Les Philofables pour la Terre, © éd. Albin Michel.

Contes...

Un jour de grande chaleur, un lièvre fit halte dans l’ombre d’un baobab, s’assit sur son train et contemplant au loin la brousse bruissante sous le vent brûlant, il se sentit infiniment bien. « Baobab, pensa-t-il, comme ton ombre est fraîche et légère dans le brasier de midi ! » Il leva le museau vers les branches puissantes. Les feuilles se mirent à frissonner d’aise, heureuses des pensées amicales qui montaient vers elles. Le lièvre rit, les voyant contentes.

Il resta un moment béat, puis clignant de l’œil et claquant de la langue, pris de malice joyeuse : « Certes ton ombre est bonne, dit-i

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