Il était une fois un ermite qui méditait depuis de longues années dans une hutte construite sur le flanc d’une haute montagne. À l’abri de la pluie et du soleil, vivant en ascète, loin de l’agi- tation et de la folie des hommes, il avait enfin trouvé la sérénité. 

Un jour, il reçut la visite d’un villageois installé dans une vallée voisine.

Je suis ici au nom de tous les habitants de mon village pour te demander conseil, dit-il. Tu n’ignores pas que c’est la deuxième année consécutive qu’il pleut aussi peu dans la région. La dernière récolte a été bien maigre et nous n’avons plus grand-chose à manger. Nous allons bientôt être contraints de puiser dans nos réserves de semence. C’est inquiétant, car nous n’aurons alors plus rien à semer.

Après l’avoir écouté avec attention, l’ermite réflé- chit un moment puis répondit :

Vous n’avez pas d’autre solution que de mettre en commun le grain qui vous reste. Restreignez-vous et veillez à n’en manger que la moitié pour sur- vivre. Vous sèmerez le reste exclusivement dans les champs les plus fertiles. Vous arroserez avec l’eau des puits sans la gaspiller. Et vous partagerez la récolte de manière équitable, en prenant bien en compte la taille de chaque famille.

Satisfait des conseils judicieux donnés par l’ermite, le villageois murmura pour lui-même :

J’ai vraiment affaire à un sage. L’ermite l’entendit. Il ébaucha un sourire et dit : — Le sage, c’est plutôt celui qui sait voir où se cache la sagesse.

Le villageois remercia et s’en fut.

Puisse le ciel nous envoyer rapidement la pluie, lança l’ermite tandis que l’autre s’éloignait.

Tiré de : 54 CONTES DES SAGESSES DU MONDE JEAN MUZI  © Flammarion pour le texte et l’illustration, 2015 87, quai Panhard et Levassor – 75647 Paris Cedex 13 ISBN : 978-2-0813-5863-8

Contes...

Un marchand avait fait d'excellentes affaires à la foire : il avait vendu tout ce qu'il avait comme marchandises et gonflé sa bourse de pièces d'or et d'argent. Comme il voulait être rentré chez lui avant la tombée de la nuit, il décida de se mettre en route aussitôt, serra sa bourse dans sa sacoche de selle, monta à cheval et s'en fut. Vers midi, il fit étape dans une ville ; le palefrenier, quand il lui ramena son cheval pour repartir, lui fit remarquer : 

  • Il lui manque un clou au fer de son pied gauche, derrière, monsieur !
  • Laisse courir, dit le marchand
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